

Novembre 2011
Après un premier "montage amateur" en Mai 2010 (voir dossier Photos) et devant le résultat obtenu, la Mairie de NANTES, en la personne de Yannick GUIN , a souhaité être partie prenante d'une reprise de cette "opérette" et ce dans un cadre professionnel.
C'est donc au sein de l'OPERA GRASLIN que cette oeuvre remarquable sera reprise en novembre 2011, par le choeur de la structure ANGERS NANTES OPERA (administrateur JP DAVOIS) d'une part et la participation musicale de musiciens de l'ONPL dirigés par Michel BOURCIER dans le cadre de l'ensemble UTOPIK.
C'est Henri MARIEL, responsable artistique de la compagnie du THEATRE DE L'ENTR'ACTE, assisté de Barbarie CRESPIN, qui assurera la mise en scène de ce spectacle, ainsi que le rôle du conteur.
- Voir quelques photos des répétitons et de la "Générale"
- Voir (et entendre) l'interview d'Henri MARIEL sur Télé- NANTES / Loire Atlantique du 03/11/2011 (A partir de la 67ème seconde et durant 10 mn environ) Ces 9mn contiennent également quelques propos tenus par Germaine TILLION.
Introduction à l'oeuvre
Faire rire, rire de soi et transmettre l’information, trois actes de résistance en situation extrême : telle est la performance de Germaine TILLION. Pourquoi elle ? Sa biographie est maintenant connue. Ethnologue de formation, résistante dès 1940 elle arrive au camp pourvue des armes de l’esprit et du choix politique. De l’étude des Berbères CHAOUIAS, elle passe sans se désemparer à l’examen méthodique du milieu concentrationnaire. Comme résistante, elle est décidée à « demeurer partout l’ennemi de ses ennemis et non pas seulement leur victime ». Avec d’autres Françaises, elle refuse de travailler « pour eux », les Allemands, et parvient, à l’aide de ruses renouvelées, à échapper aux colonnes de travail. Elle est Verfügbar, c’est à dire « disponible » pour les corvées du camp, auxquelles elle et ses camarades essaient encore de se soustraire dans la journée, en se cachant de block en block. C’est « le maquis du camp ». Pourtant, le Verfügbar moyen est à Ravensbrück un pauvre hère qui n’a pu faire valoir aucune qualification ou aptitude. C’est l’un des pires statuts. Encore moins nourri, chargé des travaux les plus repoussants ou les plus affreux comme le ramassage des cadavres, le Verfügbar cherche en général à échapper à sa condition de sous-prolétaire du camp. Rechercher cette position, c’est refuser le système. Ethnologue en situation d’observation et participante malgré elle, sous-prolétaire volontaire, Germaine TILLION est aussi une femme. En tant que telle, elle est familière des choses du corps et des embarras qu’il cause. En situation de survie, ce rapport au corps qui permet de verbaliser des circonstances portant atteinte à la pudeur devient vital. C’est une arme dont les femmes disposent mieux que les hommes, et qui explique en partie la place tenue dans le manuscrit par l’autodérision appliquée à l’état physique des détenues.
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L’idée de génie, qui fonde le ressort comique, a été de prendre le Verfügbar comme une espèce animale nouvelle, qu’un conférencier, le présentateur de la revue examine à la manière d’un entomologiste confronté à un insecte inconnu. En supprimant les causes et intentions, en se limitant à une observation externe de l’apparence et du comportement de l’espèce étudiée, le naturaliste déclenche sans le vouloir mille exemples de comique de situation.
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Les mésaventures du Verfügbar ne l’empêchent pas de conserver entrain et bonne humeur. Il égrène ses déconvenues sur des aires d’opérettes et de chansons populaires. La ritournelle ou le refrain dans l’oreille, Germaine TILLION modifie les paroles ou leur sens, rimaille avec ardeur et désamorce le tragique ou l’horreur de la situation. Une fois seulement, l’humour devient grinçant, voire cruel. Dans une chanson de route, « Trente filles vont chantant » et rencontrent un « Hes Hes » qui « va gueulant » et qui tue l’une d’elles à chaque couplet. Comme dans les comptines, le nombre des filles qui « vont chantant » diminue d’une unité à chaque refrain…
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Pris dans son ensemble, le Verfügbar aux Enfers, apporte autant à l’histoire qu’à la mémoire des camps. Il montre que, du fond de l’enfer, des détenues étaient prêtes à « rire de tout », ou de presque tout, car Germaine TILLION n’évoque pas présence des enfants ni la mise à mort des nouveau-nés. Et lorsqu’elle écrit, en 1944, les détenues n’ont pas encore atteint le degré d’épuisement physique et moral que leur causeront en 1945 l’usure de leur être et l’accélération de l’extermination. Le texte montre néanmoins que l’ironie voltairienne et le rire nietzschéen peuvent faire partie de la culture concentrationnaire, ce qui n’est pas toujours connu. Il prouve enfin qu’une fiction comique peut transmettre la vérité d’une réalité effroyable.
Claire ANDRIEU
Professeur à l'Institut d’Etudes Politiques de Paris et membre du Centre d’Histoire de Sciences Po.
Critique
“Voici l’un des textes les plus singuliers parmi ceux qui proviennent des camps de concentration nazis (…). " LE VERFÜGBAR AUX ENFERS", œuvre rédigée par Germaine TILLION en octobre 1944 dans l’un des pires camps qui soit, celui de Ravensbrück, tout en décrivant fidèlement les conditions de vie des détenues prend une forme insolite : c’est une opérette où les dialogues cocasses sont entrecoupés de danses et de chansons, calquées sur des mélodies que tout le monde à cette époque sait fredonner… Rires et larmes, fantaisie et analyse fouillée se trouvent ici inextricablement mêlées”.
TZVETAN TODOROV
Un comédien en fin de carrière, accepte comme dernier rôle, d'interpréter le personnage d'Hitler.
C’est un rendez-vous que, pour des raisons personnelles et philosophiques, il souhaitait avoir depuis longtemps avec le dictateur.
Il s’emploie alors à construire ce personnage, non pas avec le souci de juger mais avec celui d’interpréter au plus juste la personnalité du Führer.
MAIS PEUT ON VRAIMENT HUMANISER LE MAL ?
Chacun se souvient de la « pirouette » finale, dans la pièce de MOLIERE, qu'est la disparition d’ARNOLPHE à la toute fin de l’intrigue !
Depuis, universitaires et exégètes ressassent l’impossible question : Mais où donc ARNOLPHE est-il passé ? Ou peut être plus précisément quelle question nous pose MOLIERE du fait de cette disparition ?
Eh bien dans notre propos, et depuis trois cent ans donc, notre ARNOLPHE n'a jamais cessé d'œuvrer persuadé qu'il est du bien fondé de sa « méthode de dressage ».
Dès lors, il se répète et répète sans cesse les épisodes de son histoire, aidé en cela par ALAIN son valet et GEORGETTE sa servante. Tous deux entièrement dévoués à leur « bon » maître (ne les nourrit-il pas ?) interprètent pour leur maître, et tour à tour, chacun des personnages de la pièce.
Répétition inlassable, où l'on assiste aux farouches efforts de notre homme, désireux qu'il est de parvenir à sa finalité « dominatrice ».